Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 17:49

Non, il ne s'agit pas de lui, patience ... je vais vous le dire. Seulement, voilà, vous allez trouver ma façon de présenter les choses un peu rikikiki, mais fi ! et re fi !!!  En d'autres temps, je l'aurais jouée littérature pure et cruelle, esthétique plastique des allées aborées de Louveciennes où les muses s'interpellent, envolées hautes en émotions, points de vue vertigineux et regards de Dieu-le-fit !!! Aujourd'hui, je ne sais tout simplement pas ce qui m'arrive. Alors, dans cette désertion de moi-même et cette démission de mes obligations  dont - au moins- celle-ci : déterminer qui je suis maintenant, ici, face à ce trop de bonheur qui m'arrive d'un coup, je laisse les choses se faire au gré des idées.

Non, pas lui. Lui, c'est juste un fantasme ! Fantasme sur la présence arabo-musulmane en Andalousie. La représentation du dernier roi maure en Andalousie. La légene veut qu'une fois les clés du palais d'Alhambra remise aux 2 rois catholiques, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, le roi Abou Abdillah An Nasri, dit le Malchanceux, s'arrêta dans les hauteurs de la ville sur le chemin de l'exil, se retourna et, se rendant compte de la gravité de son geste, versa des larmes chaudes. Depuis, ce moment historique est nommé : le soupir du Maure ou l'ultime soupir du Maure.  Le lien suivant, pour ceux que ça intéresserait, moyennant une culture minimale hispanisante, ce lien est très éloquent. link  
Non, donc...

Il m' a juste attiré par son geste : ce retour en arrière. 
Remords ? Regrets ? 
Dans mon cas, ni l'un ni l'autre. Quoique ... 
 

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Nous sommes le vendredi 8 janvier 2010. Il est 17h30. Je me lève d'une sieste : le répondeur. "Monsieur ... C'est le secrétariat du docteur S... votre opération aura lieu mardi prochain. Je le savais, qu'une fois les tests préopératoires effectués, le jour J n'était  pas loin. Déjà, les fêtes avaient tout décalé. Le jour J, donc. Lui, il fait mine de rien, n'est pas au courant, n'est pas concerné. Il a élu domicile depuis 7 ans. Un bail à vie ! du moins, le pense-t-il, à en croire son flegme. N'a pas compris que le jour J était imminent et que je l'entraîne dans un duel où j'entends règler quelques comptes avec lui et, du même coup, mettre fin à cette chrégraphie paraphrénique qu'il faisait mener à mon corps d'akinésies en dyskinésies et de tremblements en rigidité. Une démence.
Le téléphone sonne. C'est un ami. "Le service de l'irm de l'hôpital McGill m'a contacté. Z ont pas ton numéro. T'as une IRM pour lundi 7h30. Téléphone pour confirmer. "
-Merci, l'Hénorme !"
- Quelque chose dont tu veux pas qu'on cause ?
- Je vais à la chasse aux papillons mardi.

Je vous raconte la suite ...

Par Bobadillo
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Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /2010 03:25
Par ce billet, nous souhaitons à tout le monde
une bonne et heureuse année
À méditer

Derrière la saleté s'étant devant nous
Derrière les yeux plissés et les visages mous
Au delà de ces mains ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain
Ou qui sont poings levés
Plus loin que la msère il nous faut regarder

Il nous faut regarder ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle
Le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle
Le bateau qui revient


automnales


Par delà le concert des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère des hommes qui ont peur
Par delà le vacarme des rues et des chantiers
les sirènes d'alarme et les jurons de charretier
Plus fort que les enfants Qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands quiui nous les ont fait faire

Il nous faut écouter l'oiseau au fond des bois
Les murmures de l'été le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères
Les prières des enfants
Le bruit de la terre
Qui s'endort doucement

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Monsieur Jacques Brel
Par Bobadillo - Publié dans : Poésie
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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 06:02
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Mieux vaut tard que jamais !
Nos meilleurs voeux à toutes et à tous.

Puisse cette période charnière nous conduire paisiblement vers la nouvelle année qui, je suis sûr, sera meilleure. Une prise de conscience de cet exil universel dans lequel notre civilisation nous a jetés est notoire. La gabegie qui a conduit au mercantilisme à outrance, chosifiant hommes et femmes et commercialisant la moindre brindille de notre globe terrestre, bombardant au passage des villes entières et condamnant sournoisement des populations à la folklorisation, à l'appauvrissement et à l'ignorance, cette gabegie, j'en suis sûr, aura mis ces auteurs au pied du mur.
L'être humain est l'avenir de son semblable. Un avenir scellé à celui de la Terre. Cependant, qui détruit ? Qui s'approprie le destin des autres ? Qui fait le malheur de ses semblables ? Qui fait tant de vacarme ? L'être humain.
Si chacun arrive à voir dans chaque adulte un enfant qui a été jeté aussi dans les affres de cette course, que le moindre insecte a une mission sur cette Terre, que dans le vol d'un oiseau il y a toute une tablature pour apprécier, savourer les moments de la vie présents pas présents.

Je vous propose aujourd'hui la lecture d'un roman. Une auto-biographie intitulée Enfant de livre . Une contre-plongée édifiante : vues du pavé, ces maisons que le mouvement des nuages rend mobiles peuvent vous tomber sur la tête d'un moment à l'autre.

Cet extrait est tiré du Tome I, le Sacre des adultes.
Lire, c'est voyager. Lire, c'est construire du sens. Lire, c'est rêver aussi. La lecture est un songe individuel. Songer, c'est effectuer un voyage. Un voyage qui, loin de nous éloigner de la réalité, nous rapproche de nos semblables. La littérature a ceci de magnifique : construire des modèles à suivre ou à éviter, pénétrer la conscience des autres par personnages interposés. Nous y avons toute la condition humaine dans sa cruauté et sa générosité.




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Voici le premier chapitre :

Le monde et ses mystères
Texte sujet à droit

Chapitre 1

Le monde et ses mystères

   

Le monde a ses mystères et les mystères ont leur monde. Des deux, nous n’en savons pas plus que ce que Dieu, dans Son infinie bonté, a bien voulu nous apprendre. Toute curiosité au-delà de Ses enseignements est malsaine. A chaque tentation, n’oublions jamais, mes enfants, que ce cerveau qui s’apprête à dérailler pour errer dans des sphères autres que celles prescrites par le Tout Puissant, lesquelles sont déjà suffisamment complexes pour les faibles créatures que nous sommes, est la propriété de Dieu. Un don dont il faut faire bon usage. Ainsi, l’utiliser à des fins contraires à Dieu est une ingratitude envers Notre Créateur, voire un affront, disait cette voix tantôt fluette et tantôt rauque qui torturait nos tympans. Harassée par une toux rebelle, nichée dans l’une de ces parois  imprenables à laquelle les assauts de la gorge livraient une guerre sans merci, de raclements fermes en gémissements pitoyables, elle survolait nos petites têtes par des jets agaçants auxquels nous opposions, sinon une inattention délibérée, du moins une résistance savamment orchestrée. Déjà, quand ils arrivaient à se frayer un chemin jusqu’à nos esprits,  ces mystères et ces mondes n’allaient que rarement au-delà des mots qui les portaient. C’est dire qu’acheminés par cette cavité saturée, ils n’avaient aucune chance.  Ils gardaient leurs mystères et nous notre monde que nous nous amusions à modeler de nos mains déjà rôdées de quelques astuces et aguerries de bien des meurtrissures. Quant à la curiosité, qui était alors l’objet du cours, nous la personnifiions. La disions de tout notre corps, et ce, sans attendre de leçon de personne. Et c’était de la curiosité saine !

 

Le monde n’est alors qu’un immense champ vierge à retourner, labourer, faire et défaire, au gré de nos humeurs que ces adultes trouble-fête conditionnent, impulsent, propulsent ou expulsent. Quand la fatigue avait raison de notre lucidité, nous nous abandonnions au sommeil sur les lieux de nos infinies investigations, sans nous soucier de nos outils qui restaient là où ils avaient servi, au grand dame de nos aînés.  Les adultes ont beau se démener, une salle de cours, c’était cela aussi. Une curiosité. Un champ d’investigations, un terrain de jeu. Les outils étaient là bien que l’usage en fût contrôlé, dirigé, « réglementé» disait notre directeur du haut de sa grossesse jamais aboutie. Dieu qu’il était gros ! Combien de bébés devait-il porter ?  Et notre maître, entre deux raclements de gorge, renchérissait sur l’ordre, la morale, l’organisation, autant d’entraves à nos propensions artistiques, spéléologues, géologues, paléontologues, architectes, etc. Nous étions, tour à tour ceci ou cela et très souvent tout cela en même temps. Alors, cette plume, cet encrier rempli jusqu’à ras bord, ce buvard, ce cahier, ce livre, cette règle, ces crayons de couleurs, ce pupitre et ce voisin, Naïm, lui-même, ne pouvaient impunément rester en souffrance, livrés à la léthargie, narguant l’impatience de mes mains restées croisées et posées sur la table sous prétexte d’ordre, de silence et d’attention aux prêches de ce fou ! Il ne pouvait qu’être fou. Un fou mégalomane qui avait décidé que seul lui avait le droit de jouer comme il le voulait, là où il le voulait, quand il le voulait.

 

La  plume me résistait, maintenant. On dirait qu’elle buvait instantanément toute l’encre dans laquelle  je la noyais presque. Je venais d’attaquer le ventre de ce singe tracé sur une feuille de papier. Déjà les contours s’étaient avérés aussi laborieux que périlleux. Un vrai périple. À la difficulté de dessiner avec une plume s’ajoutèrent les mille stratagèmes dont il fallait user pour tromper la vigilance du Maître. Quant à Dieu, j’étais persuadé qu’il devait sourire. Que de frayeurs, des faux-semblants, des simulations d’intérêt auxquels, à mon grand étonnement, l’instituteur répondait avec un regard appuyé, fixé sur mon visage, le sourire affable et le débit encouragé, assuré d’avoir un auditeur aussi attentif. Le simulacre consistait alors à ne pas paniquer. Je hochais la tête en signe d’acquiescement et, parfois même, pris dans le feu de l’action, je levais le doigt en hurlant à mort mon tour de répondre à la moindre question sur le cours. Le risque était bien sûr démesuré : désigné pour répondre, je ne saurais quoi dire. La réponse donnée, d’une manière ou d’une autre, généralement par un autre, à ma grande déception - toujours simulée – à laquelle le Maître répondait par un : « doucement, chacun son tour. Les faibles et les moyens, d’abord », je pouvais, la main droite cachée sous le buvard, reprendre mon croquis sans même le regarder, faisant mine de rien, mais faisant en même temps le guet.

Nerveux, mon voisin, Naïm, tremblait de la jambe et cela faisait vibrer le pupitre, rendant les choses encore plus compliquées. Il avait hâte de finir son dessin et de se remettre dans la légalité de l’élève exemplaire qu’il n’avait jamais été. Il allait donc très vite et, assurément avec une rapidité qui me faisait penser qu’il devait être au même stade que moi : il devait, à ce moment-là précis, colorier le ventre de son macaque. Cela m’agaçait dans la mesure où c’était moi qui lui en avais dessiné les contours et qu’en finissant avant moi, non seulement, il gagnait le pari mais, de plus, il me mettait en péril. Je serais alors exposé et je savais que je ne pouvais pas compter sur lui pour me couvrir. En attendant, il avançait malgré les vibrations du pupitre dont il ne semblait pas se rendre compte. Je me consolais en pensant que le pire qui pût arriver était de tacher le cahier. Car être pris en flagrant délit d’activités parascolaires illicites et même profanes était un moindre mal. Le Clément et Miséricordieux qui trônait sur l’estrade aimait à se montrer magnanime. Cela le rehaussait. Le rapprochait davantage de Dieu. Ses prêches émouvaient alors nos petits esprits pour qui le monde n’était guère qu’une gigantesque bande dessinée. On lui donnerait alors nos âmes.

 

Trop tard ! À trop surveiller ces trois là, le Maître, le primate et le voisin, j’en avais un peu trop secoué la plume dans l’encrier en appuyant ma main déjà toute violette contre le rebord tremblant de celui-ci. Naïm étouffa un cri et nos regards se croisèrent dans un mélange de « chut ! » et de mordillements des lèvres qui signifiaient la belle posture dans laquelle nous venions de nous mettre et en disaient long sur notre désarroi. Le buvard appliqué sur l’énorme tache par deux mains crasseuses et tremblantes rajouta à notre terreur. Mon cahier était dans un état tel que je ne pus contrôler le sentiment d’horreur qui, spontanément, était venu crisper, jusqu’au froissement, mon visage dans une moue désespérée et attirer malencontreusement le regard – heureusement toujours bienveillant et, cette fois-ci, curieusement compatissant - de l’instituteur. « Il ne faut pas avoir honte de demander d’aller aux toilettes. Allez, va, dépêche-toi ! » Me dit-il.

Cela ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd.

Je partis en flèche.

C’était toujours cela de gagné sur Naïm, sur les autres, sur le maître et même sur ce primate qui, du reste, refuge pour abriter ma langueur et mon apathie n’était qu’une source d’ennuis et d’angoisse. Pouvais-je, par ailleurs, espérer, malgré tout, que mon voisin n’en dît mot ou qu’il n’en fût contraint ? Il s’en défendrait, jurerait ses Dieux, le Coran et tous les Saints que sa mère devait passer quotidiennement en revue dans ses imprécations !

 

Ce temps donc m’était indispensable. Dans ma poche, un bout d’ail mâchouillé à appliquer sur mes deux mains pour les insensibiliser contre l’impact du bâton. Puis, la salive. Un bon remède. Toutes des recettes de dernier recours et dont notre fierté d’en user comme parade contre l’impitoyable bastonnade masquait l’inefficacité non avouée.

Bien que ce n’eût été qu’une remise à plus tard de l’échéance d’une punition garantie, mon bref congé était toujours cela de gagné. La punition était incontournable. Car qui pourrait s’interposer quand le verdict est prononcé ? Ma mère avait tôt vidé de ses vertus et de sa poésie le magnifique appel de maman. Maman !  criait-on encore dans les salles de cours de l’étage du dessous. Grâce aux rires que l’étage du dessus leur envoyait, nos cadets à peine chevelus ne devraient pas attendre de gravir les huit marches qui les séparaient de leurs sept ans à venir pour comprendre que maman est déjà loin. La mienne, c’était au deuxième jour de ma première rentrée scolaire – passée l’euphorie et l’excitation de la découverte et venue le moment de crier maman ! - qu’elle m’avait signifié que désormais un et un ne faisaient plus un mais deux. L’école me l’a démontré mathématiquement. Le comble est qu’il fallut que j’éprouve une fierté à chaque succès m’éloignant d’elle et qu’elle en fît de même. Dure loi pour les mères, me disais-je, au tout début, avant de me rendre compte que la mienne avait déjà fait ses comptes ! Si bien qu’il vaudrait mieux pour moi qu’elle ne sût rien du macaque, de l’encre et certainement pas de ce qui allait suivre.

 

À mon retour, la classe ronronnait toujours au rythme de la bataille que se livraient le maître et sa toux rebelle. Dieu, le vrai, devait plaindre Sa créature et celle-ci devait admettre l’affront qu’elle Lui faisait au vu du traitement qu’elle infligeait à cet autre don qu’était la voix. Pouvait-Il intervenir maintenant, là, et nous rétablir dans notre quiétude devant cette incarnation adulte de Sa prétendue justice ? Pourquoi y en avait-il toujours que pour les adultes dont nous, pourtant petits, pouvions deviner des travers rédhibitoires et attester du vice de procédure dans ce choix divin ? Ce peuple élu était trop poilu pour le sacre ! Trop éloigné du sol pour le servir dans les cieux ! Du pavé de notre ruelle, auquel nous nous confondions tellement qu’on devait sans cesse être vigilants, sans quoi un pas affolé ou un pied rebelle pouvait nous écraser, la vue est pour le moins vertigineuse mais riche en enseignements. Nous avions accès à l’information la plus secrète et la moins accessible au commun des mortels. Les dessous des djellabas et des jupes, donnaient une tout autre idée sur les personnes, et presque toujours, ne présentaient  rien qui justifiât ce choix divin, d’autant que d’en dessous, l’optique dessinait leur difformité dans des êtres curieux. Dieu les regardait du ciel. Un examen aérien qui fausse le jugement. C’est peut-être cela qu’ils échappaient à son examen.

Sur l’estrade, notre maître n’était pas assez haut pour que je puisse encore mesurer et convenir du vice de forme ! Mais si le sacre occultait la discrète roupille qui échappait du nez, les auréoles de transpiration sous les  aisselles et l’impuissance de ce volume devant l’invisible toux nichée quelque part dans les parois de la volumineuse gorge, moi, je me réjouissais de la faille : le cours arrivait à sa fin. Il ne restait plus que quelques questions de compréhension et la copie des deux lignes qui constituaient la Morale des curiosités saine et malsaine. Il était midi et l’école le disait bien à travers l’agitation des demi-pensionnaires dans la cour, en écho aux senteurs enivrantes qu’exhalaient les rues adjacentes. Les parfums que libéraient comme d’habitude, les maisons du bourg, disaient les menus du jour. Au loin, l’agitation du four du quartier n’avait d’égal que l’odeur du pain, envoyée de loin, incendier notre imaginaire et exacerber l’appétit.   

J’étais à deux doigts d’échapper à une raclée. Mais je ne pus tenir devant cette autre odeur lancinante dont le visage de Naim, resté étonnamment sans expression, tandis que sa posture figée, coulée dans du béton, crispée, gravée et immortalisée dans ce qui ressemblait à un ultime effort pour retenir quelque chose de désespérément fugitif, laissait deviner la source.

 

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? me dit-il sur un ton où la menace tacite n’était qu’une misérable supplication de taire cette chose si criante. Les effluves gagnaient maintenant les rangs arrière, que les élèves ébruitaient par des cris de dégoûts et que les nez tenus par le bout des doigts hurlaient dans les murs. Le sort de Naïm était joué d’avance et si l’affaire n’avait pas fait autant de bruit, l’indiscrétion du liquide saumâtre échappant du bas gauche du malheureux pantalon rapiécé et qui se dirigeait maintenant, au grand malheur de notre pupitre, droit vers l’estrade ne l’aurait pas épargné. Moi, je cherchais un sens à cette malédiction qui, à une minute de ma délivrance, attirait tambour battant l’attention sur notre pupitre. Le maître s’approcha avec le même air horrifié qu’il prendra plus tard pour s’emparer de ma chevelure et je vis les deux mains blanches, poilues et grasses, se saisir de la touffe frisée qui garnissait à peine la tête du forcené et soulever celui-ci au milieu d’un hurlement strident auquel, sans m’en rendre compte, je fis écho. Le Maître n’eut pas plus tôt lâché sa proie que celle-ci me désigna du doigt : « il a mis de l’encre partout et j’ai eu si peur que... »

Et le Grand Manitou sévit pendant que  le réel se dissimulait derrière une bande dessinée dont l’avant-dernière vignette, celle où on pouvait voir un gros guerrier tenant quelques touffes de cheveux encore entre les doigts, restes d’un scalp qu’il ne brandira pas en trophée, s’apprêtait à avaler, dans sa cruelle fiction, le lecteur que j’aurais souhaité rester à ce moment-là. Un autre scalp pour l’ultime onomatopée d’horreur de la planche de cet avant-midi.  


Le soir même, le coiffeur attitré de mon père, sous le regard  vigilant de celui-ci, passait son impitoyable machine sur mon cuir chevelu pour en égaliser les irrégularités et éliminer les imperfections. Je sentais la lame froide du rasoir fourrager dans ma tignasse sans égards pour les bosses acquises en prime à la maison, grâce au zèle de ma mère, ni pour les frissons de mon menu corps sans défense devant ce silence sentencieux. Je pensais au primate et je l’enviais de n’être que cela : une image que tous les enfants ont, au moins une fois dans leur vie, rêvé de dessiner. Ma  douleur fût d’autant moins perceptible qu’elle n’osait même pas interrompre la respiration de ce tondeur programmé pour ne s’arrêter qu’au signal de mon géniteur ; la respiration assurée, assise sur la certitude d’un maître, il faisait sien ce don de Dieu qu’était ma tête. Il était sans pitié pour la moindre inclinaison qu’il rectifiait d’un geste violent, toujours sans mots. Cela   contrastait peu avec l’indifférence, même bruyante, du salon où une partie de cartes s’éternisait dans la douillette convivialité de cette ambiance fumante.

Dans le miroir fissuré, lézardé et difforme, exposé à ma curiosité, ce que mon père ne voyait pas ce n’était pas de la douleur mais bien de la rage. Il aurait pu lire sur mon visage les prémisses d’une révolte sans pareille. Mais le connaissant, il a bien dû s’en rendre compte.  Aucune raison ne me semblait remplir son pesant de raison. Les mots s’étaient tus et le silence promettait un monde sourd entre ces êtres curieux, peu rassurants et mon petit être bouillonnant qui  n’était déjà plus un invité dans ce nouveau monde mais un intrus.

Combien de temps pour devenir adulte, vieux ? Je ne savais encore mesurer le temps qu’à travers cette alternance d’ombre et de lumière, qui faisait mon sommeil et mon réveil et qu’on appelait « jours ». Alors, disons quelques jours.

 

Al Baicin

À suivre   

 

 

Par Bobadillo - Publié dans : Votre roman en mille et une lecture
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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 15:24
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La Belle et le Rebelle

ou

La Mule des Tombes 

Commentaires
Par Al Baicin
Extrait de
Vol au-dessus d'un tapis de youyous

Texte soumis à droits d'auteur

 

 

Vous avez donc lu le conte.

Quelle chance de pouvoir encore conter et quelle chance de pouvoir encore s'émerveiller !Heureux ceux qui ont préservé leur enfance dans un grenier bleu à l'abri des adultes.

Quand j'étais petit, je baignais dans un monde merveilleux que les dires de mes aînés, très souvent des paysans montagnards de passage chez nous, rendaient encore plus féerique. Mes parents, pour tromper les affres de l'exil, s'évertuaient à refaire chaque fois qu'il était possible, ce monde curieux d'où ils étaient débusqués par l'exode rural. ils ne se contentaient pas de raconter mais théâtralisaient les scènes vécues. j'ai eu la chance de me faire bercer par leurs voix, l'incroyable monde que celles-ci dessinaient dans notre imaginaire et de me retrouver le matin dans mon lit, changé, bordé et couvert. j'ai eu la chance de voir le village natal de mes parents alors vierge et pur. Sources, rivières, fleuves, montagnes, et phénomènes divers. Le djinn y a vécu. à coups sûr ! Il ne se manifeste plus depuis que nous avons allumé les lumières et chassé l'ombre. Très tôt, les légendes relatées dans ce livre m'avaitent marqué.

Longtemps plus tard, je rencontrai un ami Vincent Crouzet, de la Drôme. Il m'a fait connaître la France rurale et quelle nu fut pas ma grande surprise de découvrir dans certains villages drômois, les mêmes légendes, notamment celle de cette femme qui se trasformait en mule. Les ingrédients sont là, différents, certes, mais l'homme face au merveilleux reste un très bon couturier de l'imaginaire. Si ailleurs, il s'agit d'une femme qui n'aurait pas observé les 40 jours consécutifs à la mort de son époux (période où l'âme effectue son ascension) avant de se livrer aux plaisirs de la chair, ici, elle aurait couché avec le curé. Là-bas, elle n'aurait pas été jusque-là. Pas faute de curé ! Le Muezzin est bien là. Son nom est la seule issue pour fuir au purgatoire dessinée par la bête dans sa tourmente nocturne. Elle le craint.

Puis un jour, il a fallu écrire tout cela. Un défi. Non seulement trouver le ton berceur d'un conteur à l'écrit, faire se rencontrer plusieurs personnages et divers évènements dans une même histoire mais trouver un sens à cette parabole.

Le livre 2 est un exercice éprouvant. Comment faire parler un fou ? Quelle cohérence et quelle logique lui confier pour que sa voix porte le récit ? En quel langage ? Comment écrire en "je" sans s'éclabousser ?

J'ai lu bien des livres en littérature maghrébine et africaine. Le thème de l'acculturation est douloureux. Cette richesse apparente est parfois terrible pour celui qui la vit.

Comment raisonner dans une langue en vivant dans un univers autre ? Comment adopter les outils d'analyse d'une culture et les appliquer sur un objet d'étude qui n'est autre que soi ? Comment dire le rejet des deux cultures quand on est entre deux chaises ?

C'est ainsi que le personnage de ce deuxiàme volet de la légende de la mule fera de celle-ci son emblême. Elle est hybride, bâtarde, mi-jumemt mi-grison, elle est la nuit et la tourmente. Mais, elle promet cette aube où elle découvre à son cavalier son vrai visage. Le visage de sa mère peut-être ? Un visage convoité par tant d'autres et qui aura coûté la vie à bien d'autres. Échappera-t-il à la mort ? Il y a lieu de le penser. N'est-ce pas une fascination mutuelle qui a caractérisé leur première rencontre ?

 

Ces histoires, rappelons-le, sont pure fiction et il est inutile de chercher à amalgamer le ''je'' du narrateur/personnage avec moi, l'auteur !


 

 

Deux livres pour un même thème

La légende de la mule.

dont je vous ai présenté le premier

qui s'intitule  

la Belle et le Rebelle.

Deux livres, deux mondes. Une même calamité.

La Mule frapperait encore au vingt-et-unième siècle.

 

Le 2ème, Vol au dessus d'un tapis de youyous.

lui, mérite une toute autre attention.

 

Une histoire de fou ! Telle que nous la menons

au quotidien loin des douceurs d'un conte.

 

  Les enjeux littéraires sont aussi complexes

que notre époque où aucun phénomène

n'échappe à l'interprétation psychologique.

Une mule est un animal hybride.

Présentée ainsi, errant la nuit, avec sa victime

jusqu'au matin où celle-ci est abandonnée

dans un cimetière après avoir vu le visage réel

de la femme mystérieuse, rappelle la peur qu'inspirent

les illuminés, ceux qui cherchent la vérité

dans l'ombre jusqu'au matin.

La lumière peut faire fondre la cire

à trop s'y rapprocher.


 

 

Je laisse les 4èmes de couvertures parler

à ma place.

 

laLEGENDdeLAmuleFACE01.jpglaLEGENDdeLAmuleDos01_edited-2.jpg

 




laLEGENDdeLAmuleFACE02.jpglaLEGENDdeLAmuleDos02-copy.jpg

 

 

 

 



 

 

 

 

 


 

 

 

Livres en cours de publication. Vous trouverez une autre version regroupant les 2 livres en un sur www.amazon.com en tapant Al Baicin dans le moteur de recherche du site en question.



Voici 2 passages de Vol au dessus d'un tapis de youyous
Droits réservés, propriété protégée.

 

 


''Désertes, comme le Tiers Vaquant où nos démons expédient leurs prédateurs au moindre écart de lecture, ses toiles semblaient me rire au nez. Bien des nuits s’étaient écoulées sans que la moindre forme ni couleur ne fussent venues les sortir du néant et éloigner de ma vue cette oreille diabolique qui venait s’embusquer dans mes souvenirs. Il avait suspendu le temps au bout du pinceau en passant outre l’usure et l’agacement tel un sabre tranchant. Pourtant, le premier soir, quand je lui avais dit que je n’étais là que le temps d’une chevauchée nocturne, il n’avait rien manifesté qui me fît voir ses prédispositions à écouter éternellement mes bégaiements et les hésitations de ma parole prisonnière du doute et de ses blessures, entre crainte et audace. Non, il m’avait répondu que pour lui ce n’était guère qu’une question de quelques heures à égrener en attendant de voir s’animer les premières lueurs de l’aube afin de coucher sur le fonds blanc de ses toiles aveugles sa Mauricette dont il n’arrivait plus à reconstituer le visage depuis qu’ils s’étaient quittés. Diversion. C’est souvent que les démons vous leurrent dès qu’ils croient votre jugement défaillant. Je ne suis pas dupe de ces simagrées qui fleurent nauséabond le traquenard. Après tout c’était nous qui les avions libérés du sarcophage où Salomon les avait endormis des siècles durant. Nous l’avions fait à l’apogée de notre grandeur pour éprouver notre capacité à dompter le démon à une époque où aucune citadelle du savoir ne nous résistait. Nous avions été très loin, trop loin, jusqu’à rivaliser avec Dieu. Et pour finir, nous n’eûmes même plus souvenir du cataclysme qui avait réduit en poussière notre existence. Nous sommes devenus fébriles, frileux et vieux. Tous ceux-là, libérés désormais, nous traquaient, nous narguaient et avaient décidé de nous perdre à jamais au moindre faux pas, au moindre écart. Il fallait par conséquent que je m’abstinsse de m’aventurer dans cette terre marécageuse qu’était devenue ma parole parce que celui qui a été mordu par la vipère a toutes les raisons de se méfier d’un cheveu.

Que l’on ne s’y trompe pas. Nous aurions pu rester longtemps à nous ignorer et cet échange n’aurait jamais eu lieu. Puis, contrairement à ses visites discrètes, naguère, à ma chambre, où il s’extrayait à ma vue, silhouette juste imaginable à travers la chair de poule qui vous électrifie, hérisse vos poils, vous fige et met votre pouls hors de mesure, il avait fini un jour par se découvrir à mes sens de derrière l’horizon vague où son regard hagard se perdait. Ce jour là, je m’étais rendu compte que, moi non plus, je ne l’avais encore jamais réellement vu. A vrai dire, je ne le connaissais pas. Car, quand il ne disparaissait pas, confiant alors à son absence un lit désert que rien ne venait occuper sauf mes doutes et bien des interrogations sur son espèce, il se dissipait complètement sous sa couverture comme pour construire une intimité dans laquelle il semblait ré apprivoiser sa mémoire devenue récalcitrante. Il se mettait alors à fredonner laborieusement quelques airs nostalgiques que venaient ponctuer des bribes de phrases hachées, rarement abouties, constamment reprises, corrigées et qui disaient le coup de crayonné, la touche magistrale du pinceau le plus habile naguère dans des lieux fabuleux qu’il ne semblait nullement inventer et dont il citait par leurs noms jusqu’aux moindres chemins, sentiers et murs, avec des détails précis. Il y mettait à contribution des personnages qu’il faisait vivre chacun avec sa propre voix et ces voix étaient si différentes les unes des autres que très souvent j’en tremblais comme jadis dans les bras de ma tante, conteuse inégalable.

Au début, il m’agaçait avec ces histoires qui venaient assez souvent altérer mes rêves, perturber mon entendement et semer la panique dans les rangs des fantômes de mon passé, que j’avais peine à rassembler et passer en revue afin d’établir l’assassinat de ma mère dans ce champ poussiéreux où mon front a été labouré sous un soleil rieur et carnassier avec la complicité de ma tante et de madame Renault. Puis, je m’y étais fait et avais fini par considérer ces contretemps au même titre que ces pentes raides qu’il arrivait à ma mule d’emprunter me rendant la chevauchée inconfortable et le jugement boiteux. C’était harassant de sentir ses ânonnements et ses reprises cisailler mon esprit et j’avais moult fois envie de hurler. Seulement, le jour où cet être mystérieux s’était rapproché de moi, corps chétif et tête disproportionnée, je m’étais d’abord glissé sous ma couverture pour l’ignorer et effacer le souvenir de son visage de ma mémoire déjà éprouvée. Il avait tout bonnement attendu que je m’en fusse remis pour réapparaître m’exposant un visage crispé dans la moue que font les enfants avant d’éclater en sanglots. Il extirpa une larme de compassion à mes yeux taris depuis des années déjà avant d'enchaîner sur  d’interminables litanies sur Mauricette et l’autre volet perdu de sa vie. Puis, il s’agrippa à ma compassion et s’enquit tout bonnement de ma mule. Il me demanda si elle existait réellement, s’il était vrai que chez nous la poussière avait mis démons et humains sur un même pied d’égalité, si ma tante n’était pas un simple prétexte pour ne pas perdre Elise. Il savait tout de moi. Comment meubler dès lors la lourdeur du silence qui allait suivre ? Rester sur son quant à soi, oui, et certainement s’abstenir de parler. Car nonobstant sa Mauricette - qu’il avait probablement inventée - et la tristesse qui avait humanisé son visage, se substitua à mes doutes l’éventuelle contrainte de devoir désormais, si cela se confirmait, composer avec un démon.

Quand j’en parlais à Elise ma bienfaitrice, les rares fois où elle se montrait dans ma chambre, elle me disait que c’était bien meilleur ainsi. Que mon imagination avait trouvé enfin une bonne raison pour se libérer. Mais je la soupçonnais de complicité avec ce monstre qui, du reste, pouvait être aussi bien une oreille de Johani qu’un démon ou un médecin zélé. Car comment pouvait-il être si bien informé ? C’était sûrement Elise, cette vipère sans foi ni loi. Même si je ne me souviens pas les avoir jamais vus se parler, s’observer, échanger un geste ni un mot quand elle venait se glisser dans mon lit pour me draper de la générosité de ses seins. Curieusement, il était là versant dans ses divagations sous sa couverture et j’en étais presque gêné. Mais ce fait ressemblait fort bien à un stratagème sur fonds de complot. Car Elise qui venait dans le cadre d’un donnant-donnant en quête de fragments de mes mille et une misères qu’elle monnayait par la douceur de sa présence et de sa compagnie ne se montrait plus le soir depuis que mon voisin était sorti de sa couverture pour guetter mes mots, lui qui avait fait de ces mêmes fragments sa délivrance. “ Si tu me racontes ton histoire, les couleurs reprendront leurs lumières et mon inspiration sa diversité. Si tu me dis au matin le secret de cette mule, je suis persuadé que j’arriverai à dessiner le visage de Mauricette. ”, m’avait-il dit. Son sort était donc entre mes mains. Nos étions en sommes liés.

Et cette oreille résistait toujours aux assauts de l’usure et de la lassitude. Moi même, je commençais à ne plus croire à ce jour où quelque chose de mes récits viendrait raviver l’étincelle des gloires passées de mon extraordinaire compagnon de chambre d’avant qu’il ne vienne échouer dans cet hôpital des amputés de la raison. D’ailleurs, je m’en fichais complètement. Le tout pour moi était d’arriver à trouver le moyen de l’amener sur le terrain de la faute, si c’était un démon, et le brûler, le tout est de ne pas trembler le moment venu. S’il était humain, ce serait sa délivrance. Depuis des nuits maintenant, il demeurait figé, les yeux rivés sur ses toiles, le pinceau en joue et l’oreille tendue pendant que je réfléchissais. Non, je ne fouillais pas dans ma mémoire à la recherche de mots à même de lui édifier un sens et une raison. Je me demandais seulement ce que je devais faire. Jouer le jeu, parler ? Ou ne rien dire et rater par là l’occasion de le perdre ?  Mon côté bavard qui prenant le dessus, trancha. Je ne pouvais résister parce que les silences ouvraient des portes aux autres sur mes maux de tête devenus très fréquents depuis que je m’étais résolu à creuser partout où cela était possible pour déterrer ma mère avant qu’elle ne devienne poussière. Quand je ne parlais pas c’était ce même silence qui se mettait à murmurer quelque chose qui ressemblait au tumulte d’un monde aussi profond et lointain que la fosse où elle fut enterrée dans l’oubli des hommes. C’était d’abord le bourdonnement sourd d’un orage en gestation précédé d’une rumeur aux chuchotements timides que venaient relayer des cris d’enfants que des youyous stridents avaient peine à étouffer et le tout se terminait dans le fracas acharné et répétitif de vagues contre ce qui devait être un immense rocher. Puis tout semblait s’apaiser d’un coup à l’approche d’un appel à la prière rivalisant d’emphase avec un poème d’apollinaire, de bruits de sabots titubant sur un terrain escarpé et ma chevauchée devenait alors ardue et mes souvenirs des marécages où ma vie passée venait s’enliser. Insupportable. Quand cela vous était arrivé une fois, vous préféreriez de loin parler, ne faire que cela, quitte à vous livrer à un démon. Voilà comment j’ai connu Alban.''

 





''Mais cette oreille disproportionnée ne me laissait guère de répit. Le silence devenant parlant, il fallait le meubler par une parole neuve et qui s’inventait à tout bout de phrase, même si le risque de se trahir pouvait m’enterrer à jamais dans ses toiles inanimées et rieuses. Alors, je pris le risque de lui raconter faisant mine de me parler et de ne pas tenir compte de son existence. Je le nommai par le meilleur personnage qu’il citait dans ses récits de dessous les draps : Alban.

Je dis, un soir, à Alban, le peintre démon au pinceau en mal d’inspiration que je suis là juste pour une nuit, le temps d’un voyage nocturne, chevauchant cette mule qui m’avait adopté enfant sauvage et rebelle après une battue savamment orchestrée par les miens, pour me jeter sur les  routes de l’errance. Et Alban se leva sur ce, comme soulevé par le sourire qui illuminait son visage émacié, me fixa un moment dans les yeux cherchant dans mon regard une confirmation avant de se jeter sur son pinceau. Une nuit, et c’était sa délivrance. Une nuit, et c’était peut-être ma mort, les matins étant incertains dans ces chevauchées nocturnes. C’est pour cela que ma mémoire se mit à se dérouler comme une pelote, faisant défiler tout son contenu, livrant au récit mes démons et mes hommes, mes frères et mes ennemis, mes femmes et mes femmes, et encore mes femmes, et surtout mes bourreaux, vomissant les uns, chantant les autres et les pleurant tous. Mais Alban n’a jamais trouvé aucune forme ni couleur à ma détresse.

A mon retour à ma chambre, j’en étais avec lui à l’épisode où ma tante me disait que la bête ne s’arrêtait qu’à l’aube et que seul le nom de Johani, le muezzin, la dissuadait de ses macabres desseins. Pourtant cela n’avait rien d’excitant, ce faiseur de l’aube par ses appels à la prière, n’ayant été, en outre, qu’un laveur des morts à l’approche funeste. Je lui dis comment j’étais une nuit dans le silo où j’avais mis mon enfance à l’abri des aînés en attendant des jours meilleurs, éveillé, plongé dans mes rêveries d’écolier, amoureux fou, fou amoureux, de madame Renault dans le parfum de laquelle je me réfugiais chaque soir, cherchant en ses poèmes la poitrine de ma mère devenue probablement homme dans la bataille diurne de ce village poussiéreux et opaque avant de se cacher définitivement de ma vue, transporté par une transe sur fond de poétique poéticienne, dans laquelle j’avais délibérément enterré le visage des miens, quand je vis entre deux jarres Sa tête grise, duveteuse, oblongue, qui me fixait d’un regard aussi surpris qu’admiratif de ma bravade, les enfants étant censé, à l’heure qu’il était, écouter les fables que leur racontaient leurs aînés pour endormir leur exigence grandissante devant un champ où rien ne voulait plus pousser, saupoudrer de perlimpinpin l’acuité de leurs sens face à des adultes constamment en sieste entre deux cérémonies où un corps a été livré au marquage et retenir de leur fuite au moins le corps en en envoyant l’esprit sur la fabuleuse île du Wak Wak. Mi grison, mi jument, Elle était à l’affût des chagrins d’enfants égarés, affolés par des aînés censés les rassurer mais qu’ils voyaient englués dans une parole tellement dénuée de sens, qu’elle était devenue commune, puis parabolique et enfin creuse, ne remplissant plus son pesant d’homme. Elle avait probablement choisi la nuit pour sa douceur et sa discrétion comme toutes les meilleures choses choisissent l’ombre pour briller. Je la sus traquée comme la vérité dans sa solitude et partis à sa rencontre muni du seul amour que j’avais pour madame Renault, d’un poème d’Apollinaire à apprendre par cœur pour la séance du lendemain, de quelques pages sur lesquelles j’avais vomi en français toute la poussière opaque du jour et un inconsolable chagrin de voir, dans la maison où je suis venu au monde, se pavaner ma tante sous le regard toujours vif mais figé et impuissant de ma mère qu’un cadre avait définitivement reléguée au souvenir. Oui, j’avais envoyé ma main gauche sonder sa peau pour m’assurer sa clémence tant elle était redoutée par les miens et je n’avais trouvé contrairement aux idées reçues que douceur à mon désarroi et tendresse à mon chagrin. M’aurait-elle simplement séduit comme savaient le faire les miens pour s’emparer d’un prépuce, d’un hymen, d’une gorge, d’un silence devenu lourd et inquiétant, d’une singularité arrêtée la veille sur la place des conseils barbus, d’un travers à corriger, d’un secret à brandir les jours de haine ? Peu m’importait. Cela aurait été légitime et de bonne guerre de sa part dans cette chasse que menait ma tante et les siens à tout ce qui était invisible, inconnu, obscur et singulier, où rien ne devait échapper à leur emprise, pas même ce Dieu sans cesse moulé dans les exigences du moment. Car chez les miens, rien ne devait échapper à la clarté inquisitrice du jour puisque rien ne devait ni ne pouvait briller plus que le soleil décidé par les hommes.

Amateur précoce de spéléologie et des fragments d’histoire oubliés, spécialiste des menus espaces entre les mots et les lignes, je l’avais enfourchée bravant ainsi le sortilège réservé à tous ceux qui auraient osé l’approcher. Sacrilège ! crierait ma tante. Mais qu’est ce qu’un sacrilège devant l’aube que cette bête tant redoutée par les miens promettait à l’issue du voyage nocturne le plus hallucinant ? Dans mon cas, un pied de nez à ma tante, aux peurs dont elle avait investi mes rêves, au silence autour de ma mère, et au sang déversé en abondance autour de moi.

Non, je n’avais pas peur. Comment un sentiment pareil aurait-il pu m’atteindre quand à cinq ans j’avais déjà vu les miens caresser la vipère, faire danser le cobra, traquer le démon jusque dans des corps jugés trop singuliers pour faire le pain et le servir à d’autres désormais plus leurs semblables. Oui, je l’enfourchai dans la certitude qu’en dehors de ma tante et les siens aucun démon n’existait plus et que l’aube qu’elle me réservait ne pouvait être qu’une délivrance : ma mort ou le visage de cette femme mystérieuse que les miens mouraient d’envie d’en voir lever le secret, ou peut-être les deux.

Je pourrais ainsi voir aux premières lueurs de l’aube sortir de sa peau de mule ma mère.

Qui sait ?''

 

 










 

Par Bobadillo - Publié dans : Je vous conte parmi les merveilleux
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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 23:14
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Textes soumis à droits

Je t'aime. Meurs.
D'après Bobadillo



1. Témoignage

Anonyme


"Petite, j’ai vu mon père dans le lit conjugal avec ma tante maternelle. J’ai vu ma mère porter sur moi le regard de celle qui ne souhaite pas que sa fille sache, et quelle fille ? Celle dont on disait qu’elle était moche. Alcoolique, mon père trouvait un malin plaisir à me désigner du doigt et assouvir sa rancœur en fin de beuverie sur le raté d’avorton que j’étais. Mon oncle, lui, portait sur moi un autre regard : celui de la compassion. J’y trouvais du confort et de la compréhension et je ne le voyais plus que comme ami. Un soir, il est venu me consoler pendant que je pleurais. Il sentait l’alcool et cela me rappelait mon père dont j’attendais tant et qui ne me le manifestait qu’en rejet. Les doigts qui fourrageaient dans ma tignasse de petite fille avaient exactement cette douceur brute que je passais mon temps à imaginer en rêvant des mains de mon père. J’étais pelotée, contenue, en sécurité, sentiment qui me transporta soudain dans une dimension inconnue à mon être lorsque ces mêmes doigts passaient sur ma peau avant de s’arrêter au seuil de mon pubis. Je n’ai pas bougé, j’ai attendu. J’ai juste frissonné quand ses lèvres se posèrent sur ma nuque. L’odeur de l’alcool donnait à l’acte une assurance paternelle et je crois avoir voyagé dans le monde imaginaire que j’avais toujours dessiné à un père violent. Au réveil, mes vêtements étaient par terre, une douleur aux seins et une autre lancinante, qui frappait par à coups, comme les palpitations du cœur et qui renvoya mes doigts chercher la source d’où partait mon sang. Mon oncle ronflait à côté de moi. J’étouffai un cri quand la panique émanant de cette fraction de seconde de prise de conscience de la gravité de la chose s’empara de moi puis l’enfant oublia instantanément ce qui s’était passé pour envoyer une main toucher puis prendre le sexe de l’oncle, taché de sang. Il se réveilla. Et ce fut l’enfer. Ses mouvements étaient désaccordées, incohérents, il semblait perdu devant le spectacle qui s’offrait à ses yeux. Il élimina toute trace de sang, me nettoya et à chaque geste, il me rudoyait jusqu’à me jeter contre le mur. J’étais un porte-malheur. Je me sentais mal, je me sentais de trop, je me sentais rejetée alors que je venais de partager du plaisir avec quelqu’un qui me comprenait. Depuis, je ne fais que chercher à séduire, à me faire accepter en faisant toutes les concessions possibles. Pour retrouver le sourire de mon oncle, je me suis offerte à lui maintes fois et à chaque fois, c’était la même chose : il me rejetait quand c’était fini. J’ai commencé à chercher dans chaque homme mon père et mon oncle en vouant une haine à ma mère qui, vilaine, acariâtre, arrivait à se faire mon père tout en sachant qu’il la cocufiait et moi, tendre, disposée à m’offrir entièrement, je n’arrivais pas à lui décrocher un sourire. Les hommes alcooliques, vulgaires, violents, m’attirent depuis et en revendiquant une vie de couple, je ne rêve en réalité que de retrouver ces rejets, maux qui me font du bien. Paradoxalement, pour ne pas me faire jeter, je m’offre. Quand mon ex, l’homme de ma vie me proposait des parties d’échangisme, je ne refusais pas. Puis ce furent des hommes qu’il laissait à la maison et sortait prétextant une course et disparaissait le temps qu’il fallait pour une belle partie de jambes en l’air. Et pendant que le verbe violer faisait hérisser du poils, moi j’y revis des moments intenses. Je le recherche, j’y cherche le corps de ces femmes étrangères soumis aux assauts de mon père, j’y cherche l’absence de ma mère du lit conjugal et cela me fait jubiler. J’aime cette violence du sexe. Je m’y retrouve dans cette enfance vaurien, laide, ratée.

Séduire, par tous les moyens. J’ai ainsi développé inconsciemment avec beaucoup de facilité des habiletés inimaginables. Je rivalise d’intellectualisme aussi bien que de vulgarité. Toujours le souci d’être la meilleure. J’ai pris le large de la spiritualité, fréquenté des sectes, flirté avec le diable, pour me réjouir de l’ascendant que je peux avoir sur toute prétention intellectuelle, toutes disciplines confondues. J’ai apprivoisé les larmes, dompté les mots et jonglé avec l’intuition. J’ai fait du mal qui m’habite un génie dans une lampe, insoupçonnable de derrière la bonhomie et le semblant de naïveté que j’affiche. Mes proies ? Les hommes mariés. Mes préférés ? La lie des hommes, frustres, rudes, violents. Mes ennemis, ceux qui m’ont analysée, décortiquée et vue. Leur regard me déshabille, me met à nu et contrevient ainsi aux règles du jeu. Mon seul but alors est de les détruire ou de partir, loin, le plus loin possible, là où le masque a encore de beaux jours.

En attendant, je pleure un manque incarné par mon ex et mène une guerre à un homme qui porte en lui bien des secrets… Je le rabaisse, le minimise, le caricature, le ridiculise, pour dire à mon ex de ne pas s’inquiéter. Mes écrits inondent la toile, ma poésie et mes cris portent des noms et des visages différents, à la démesure de mon identité plurielle, instable… en somme, inexistante. Dans ce néant, cette absence de moi-même, il n’y a pas eu, n’y a pas, n’y aura pas de lune."

N.B. : Je reçois des témoignages et des articles que je suis obligé de trier en fonction de plusieurs critères. Veuillez relire vos écrits, les envoyer en Arial 14, espacer vos paragraphes, ça me permet de gagner du temps à consacrer aux autres articles qui, pour le moment, attendent dans ma boîte.

Merci.

Bobadillo 

 

2. Je t'aime. Meurs. (suite)

 

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À suivre ...

 

 

 

Par Bobadillo - Publié dans : Rumeurs Hivernales
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