Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 05:18






La Belle et le Rebelle

ou

La Mule des Tombes 

1ère partie
Par Al Baicin
Extrait de
Vol au-dessus d'un tapis de youyous

Texte soumis à droits d'auteur






Chapitre 1er : La lettre
 




Mon fils,


Je suis rassurée d’avoir de tes nouvelles. Dieu le Miséricordieux a répondu à mon appel après plusieurs nuits d’angoisse. Il faut dire que tes silences prolongés lors de ton dernier passage, tes nuits blanches passées à faire ta chambre en long et en large - alors qu’en vacances tu devrais te détendre et profiter pleinement des lieux de ton enfance-, nous avaient laissés consternés.

Pourtant nous t’avions déjà vu dans cet état avant ton exil, que nous t’avions souhaité salutaire. Nous savions que ce n’était pas une bonne chose que de te permettre d’aller vivre chez les autres, fussent-ils humains, cultivés et civilisés. Car on ne se nourrit pas que d’idées et le pain des autres est toujours amer. Mais déjà ici tu ne te nourrissais plus que de leur culture et de leur civilisation, la nôtre étant trop rêche pour la douceur de ton tempérament et ton départ pour nous était un défaut de mieux. Tu étais déjà parti et nous n’aurions fait que nous accrocher à ton corps. Puis, n’avons-nous pas l’impression de manger le pain des autres là où nous le cultivons, dans nos propres terres ? Quelle différence faire quand l’Atlas a fait de sa grandeur une insolence broyant à son passage les terres des ancêtres qui l’ont élevée ? Quels parents accepteraient de voir leurs enfants mourir lentement dans un pays où ils doivent constamment s’excuser de vivre, implorer des seigneurs sans majesté, et se baisser pour ramasser les restes de ce qui jadis leur revenait de droit ? Quel espoir donner à nos enfants dans un pays où les oiseaux migrateurs ne s’arrêtent plus ? Nous n’avons plus rien à te donner et quand bien même ; tu en serais vite dépossédé. C’est pour cela que nous n’avions plus que ces légendes à te raconter quand tu voulais bien les écouter et le bruit sourd d’une misère morale galopante.




Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes, au même point que toi. Nos nuits sont partagées entre l’apaisement de te savoir loin de nous, loin de ces lieux qui donnent l’impression que la Mule des Tombes perpétue toujours son forfait, et la tristesse de t’imaginer chaque jour devant le pire des miroirs où ta face craquelée par tant de jugements sévères portés sur nous dans ces pays, que nous respectons pourtant, n’est plus qu’un ramassis de lambeaux. Mais nous savons que le pire qui puisse t’arriver est de mourir. Or, la mort est un droit dont nous pouvons encore jouir sans être inquiétés et, comme tout droit rappelle un devoir, il est de notre devoir de savoir mourir dignement, sans trahir nos émotions.

Ton désir ardent de connaître le passé de tes parents, ainsi que cette histoire vieille de plus de cent ans qui ne fait qu’interpeller les morts, nous éclaire sur ta quête. Qu’y a-t-il de plus  noble que de vouloir se réconcilier avec soi à travers le passé ? Cependant, sache que je n’ai pour source que ma mémoire de petite fille attentive aux récits de sa grand-mère dans son exil à Marrakech et quelques feuilles, éparses, jaunâtres, sur lesquelles ton arrière grand-père avait griffonné ce qui devait représenter une chronique de l’époque. Je ne leur aurais jamais accordé d’importance n’était ton père. Il s’y est toujours attaché en me rappelant que ces papiers centenaires exhalaient encore les incomparables parfums de nos figuiers, citronniers, orangers, amandiers, grenadiers, noyers, pêchers, vignes,  et qu’on pouvait y entendre l’écoulement de l’eau de nos quatre-vingt-dix-neuf sources, jadis abondantes, et même la rumeur de la place du souk, l’appel à la prière de Johani, et les chuchotements de voix étouffées par la peur de se trahir ou d’être dénoncées. Pour ton père, c’est un talisman qui exorcisera toujours notre peur de l’avenir. Je t’en ai fait une copie.

 



Et puis, conformément à ta volonté, je me suis rendue à Meskia avec tes frères et tes sœurs. Nous avons allumé des cierges et sacrifié un agneau en hommage  à  Sid’Laghrib, le saint fondateur du village, dont la bibliothèque a été saccagée, les livres dispersés aux quatre coins comme les habitants du village dont peu nous ont reconnus. Ensuite, nous avons réussi à réunir ce qui reste encore des membres de notre famille, dans la tribu berbère, du côté de la rivière des Soumis. Et nous avons passé ensemble trois jours et trois nuits à confronter nos récits sur la terrasse de la maison de tes ancêtres, entretenue encore par leurs descendants. Nous y avons dormi à la belle étoile comme dans le temps quand, petite, j’y allais en pèlerinage avec ma mère et ma grand-mère. Nous avons, comme tu l’as souhaité, réaménagé des tombes que nous avions eu du mal à reconnaître, tellement elles étaient délabrées et portaient les stigmates de l’usure. Pour celles de tes ancêtres, nous avons commandé des tombeaux dignes de leurs sépultures. Nous en avons également entretenu d’autres, anonymes ; nous les avons nettoyées, consolidées et aspergées d’eau de rose.

  Pour le reste, le pays est devenu méconnaissable. Des sources se sont taries, d’autres ont été détournées pour arroser des seigneuries auxquelles notre mémoire se refuse aujourd’hui : des terres sur lesquelles nos ancêtres portaient un regard paternel, les préservant de la cupidité de leur présent rassasié, pour les transmettre vierges à l’ardeur de nos charrues, et qui aujourd’hui sont la propriété d’inconnus. La rivière, anémiée par un barrage, est devenue vaseuse et trouble. La plante s’est raréfiée et l’oiseau fait son nid loin de l’ombre de nos arbres. Tout cela tu sais bien à qui nous le devons. Ils répondront devant Dieu tout puissant le jour des comptes. 

Ta famille, que tu n’auras pas connue, observe encore quelques traditions qu’elle a conservées de générations en générations à l’abri des tentations et du folklore. Hommes et femmes, vestiges et rites, rebelles à l’usure et à la corruption des âmes, s’accrochent à la mémoire, rafraîchissent celle qui a  oublié, apaisent celle que la Mule a condamnée à la tourmente et à l’errance. Aujourd’hui, ils se font appeler fièrement les gens de la rivière des Insoumis ! C’est là où ton arrière grand-père est né et c’est là qu’il allait se réfugier quand l’heure était à la déraison à Meskia. Cette dernière, pour avoir perdu ses enfants et rompu avec la tradition, se fait appeler aujourd’hui Meskhia (la travestie) par les médisants. De la Mule des Tombes, ses enfants ne savent pas plus qu’un étranger. Seuls quelques vieux savent, mais ils sont muselés par cette nouvelle race d’hommes et de femmes incrédules et moqueurs. Alors, ils ont verrouillé leur mémoire. Ceux là aussi, je les ai invités.




De retour à Casablanca, j’ai fait appel à tes sœurs et à tes frères qui se sont relayés pour te l’écrire sous ma dictée. La chronique laissée par ton arrière grand-père est indéchiffrable quand elle n’est pas tout simplement difficile à comprendre. Elle utilise des mots, des tournures et un graphisme d’une autre époque et d’une érudition telle qu’un académicien s’y casserait les dents. Nous avons mis deux jours pour restituer cette époque parce que certains épisodes ne me revenaient qu’après coup. Par conséquent il fallait à chaque fois tout réécrire. Mais je suis heureuse que ce soit enfin chose faite. Qui sait ? La mort nous guette et je me rends compte que nous ne vous aurons laissé que des légendes. Une bien maigre consolation dans un monde où l’appartenance à l’histoire prend de plus en plus d’importance. Aujourd’hui, pour être du pays, on ne te demande ni ta valeur morale ni ta valeur professionnelle, on te demande ta naissance. Bienheureux ceux qui savent l’établir ; nous, nous avons déjà enterré nos ancêtres de nos propres bras, nous avons même payé pour cela, essuyé nos larmes et gardé notre légende à chanter sur le chemin de l’exil, comme toi. Je te la raconterai telle que ma grand-mère me l’a rapportée. J’en ai vérifié l’exactitude à Meskia où à aucun moment je n’ai été démentie. Bien au contraire, j’ai rafraîchi bien des mémoires et la mienne par l’occasion. Alors fais en bon usage, c’est ton propre miroir.

Que Dieu te bénisse.

Je t’embrasse fort

Ta mère


À suivre ...





















Par Bobadillo - Publié dans : Je vous conte parmi les merveilleux
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 11:11


Le silence froid du coutelas ...

Témoignages













Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 08:24








Témoignage


Aujourd’hui, j’ai encore eu un mal de chien à me lever. J’ai glissé du lit, envoyé mes mains amortir le choc et j’ai rampé jusqu’à la cuisine. Mes mains, toujours mes mains. Je me hisse. Mes médicaments sont à deux centimètres mais envoyer ma main gauche les chercher c’est confier à l’autre, celle qui tremble, le poids d’un corps lourd traînant des jambes qui ne répondent plus. Je réitère l’effort, je glisse. Ma lèvre inférieure heurte le bord saillant du comptoir et se fendille. Je m’assois par terre dos au mur. Je pense à mes enfants, mes loulous. Une fraction de seconde. Une éternité a rattraper. Ça y est, j'ai envie de la chanter. Depuis  toujours, j'ai eu envie de la chanter mais ces derniers mois, elle s'impose à moi. Forever young. Un jour, je la jouerai avec la même souplesse et la même dextérité que madame Joan Baez. Je réessaie d’attraper les médicaments. J’utilise une chaise, mobilise une énergie monstre, mes coudes à contribution, un geste pour prendre les flacons et j’envoie tout le bazar valdinguer par terre. Entre les tessons qu’il faut éviter je saisis les 2 objets recherchés et me rassois. Pas besoin d’eau, j’ouvre, verse dans la main, mets dans la bouche et avale. Il faut avaler en attendant de se lever. Je suis à terre. Les effets viennent maintenant de plus en plus tard. Dans une heure je me lèverai. Ma marche ne sera jamais identique à celle d’il y a déjà 4 mois mais je marcherai. Je m’appuie contre le mur, je marche courbé jusqu’au frigo. Au dessus, des essuie-mains. Il n’y a pas de sang. Il y a juste de l’amertume de voir à quoi je ressemble aujourd’hui.

Voilà, cela va faire six ans que le Parkinson me dispute le corps. Depuis 3 ans, force est de constater qu'il a gagné du terrain. Au tout début, sur 24 h je disposais de 18 et lui de 6. On peut affirmer aujourd'hui, que les portions sont inversées. Pourtant, j'affiche bien. Je me suis plus ou moins bien conservé pour mes 56 ans. Si bien conservé que très souvent les femmes qui ont croisé mon chemin ont eu du mal à admettre ma maladie qui, hélas, m'impose un rythme asocial : lenteur dépendance  de l'effet des médicaments, une attention qui, par moment,fait défaut sans prévenir, les yeux qui rougissent, la voix qui s'éteint et les bégaiements redoublent. Ainsi, quand je n'ai pas fait fuir mes soupirantes au premier abord, j'ai fini par lasser mes amantes après avoir divorcé.


Ce blog aujourd'hui, sera mon miroir, rendra compte de mes pensées quotidiennement. J'ai pour ainsi dire, l'intention de revoir les étapes de mon évolution, faire le point.

 

En attendant, je profite de la fluidité de mes mouvements pour des taches moins gratifiantes.  Je vous dis donc, à très bientôt.

À demain...ou ...( à tout de suite, sait-on jamais !)

 

P. R.



Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 22:28

 

 

 

 

 

 

Voici ce que les uns et les autres disent de cette magnifique saison qui a inspiré de grandes plumes.

 

  Arnaud. G

 

 

Julie O'.

 

 

Désolé pour ce qui t'est arrivé. Courage !

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans un registre un petit peu plus passionné

en 4 feuillets. Remerciements à Al. Baicin

 

 


 

 

 




 

 

 

 

 


Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /2009 13:30

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