
"Petite, j’ai vu mon père dans le lit conjugal avec ma tante maternelle. J’ai vu ma mère porter sur moi le regard de celle qui ne souhaite pas que sa fille sache, et quelle fille ? Celle dont on disait qu’elle était moche. Alcoolique, mon père trouvait un malin plaisir à me désigner du doigt et assouvir sa rancœur en fin de beuverie sur le raté d’avorton que j’étais. Mon oncle, lui, portait sur moi un autre regard : celui de la compassion. J’y trouvais du confort et de la compréhension et je ne le voyais plus que comme ami. Un soir, il est venu me consoler pendant que je pleurais. Il sentait l’alcool et cela me rappelait mon père dont j’attendais tant et qui ne me le manifestait qu’en rejet. Les doigts qui fourrageaient dans ma tignasse de petite fille avaient exactement cette douceur brute que je passais mon temps à imaginer en rêvant des mains de mon père. J’étais pelotée, contenue, en sécurité, sentiment qui me transporta soudain dans une dimension inconnue à mon être lorsque ces mêmes doigts passaient sur ma peau avant de s’arrêter au seuil de mon pubis. Je n’ai pas bougé, j’ai attendu. J’ai juste frissonné quand ses lèvres se posèrent sur ma nuque. L’odeur de l’alcool donnait à l’acte une assurance paternelle et je crois avoir voyagé dans le monde imaginaire que j’avais toujours dessiné à un père violent. Au réveil, mes vêtements étaient par terre, une douleur aux seins et une autre lancinante, qui frappait par à coups, comme les palpitations du cœur et qui renvoya mes doigts chercher la source d’où partait mon sang. Mon oncle ronflait à côté de moi. J’étouffai un cri quand la panique émanant de cette fraction de seconde de prise de conscience de la gravité de la chose s’empara de moi puis l’enfant oublia instantanément ce qui s’était passé pour envoyer une main toucher puis prendre le sexe de l’oncle, taché de sang. Il se réveilla. Et ce fut l’enfer. Ses mouvements étaient désaccordées, incohérents, il semblait perdu devant le spectacle qui s’offrait à ses yeux. Il élimina toute trace de sang, me nettoya et à chaque geste, il me rudoyait jusqu’à me jeter contre le mur. J’étais un porte-malheur. Je me sentais mal, je me sentais de trop, je me sentais rejetée alors que je venais de partager du plaisir avec quelqu’un qui me comprenait. Depuis, je ne fais que chercher à séduire, à me faire accepter en faisant toutes les concessions possibles. Pour retrouver le sourire de mon oncle, je me suis offerte à lui maintes fois et à chaque fois, c’était la même chose : il me rejetait quand c’était fini. J’ai commencé à chercher dans chaque homme mon père et mon oncle en vouant une haine à ma mère qui, vilaine, acariâtre, arrivait à se faire mon père tout en sachant qu’il la cocufiait et moi, tendre, disposée à m’offrir entièrement, je n’arrivais pas à lui décrocher un sourire. Les hommes alcooliques, vulgaires, violents, m’attirent depuis et en revendiquant une vie de couple, je ne rêve en réalité que de retrouver ces rejets, maux qui me font du bien. Paradoxalement, pour ne pas me faire jeter, je m’offre. Quand mon ex, l’homme de ma vie me proposait des parties d’échangisme, je ne refusais pas. Puis ce furent des hommes qu’il laissait à la maison et sortait prétextant une course et disparaissait le temps qu’il fallait pour une belle partie de jambes en l’air. Et pendant que le verbe violer faisait hérisser du poils, moi j’y revis des moments intenses. Je le recherche, j’y cherche le corps de ces femmes étrangères soumis aux assauts de mon père, j’y cherche l’absence de ma mère du lit conjugal et cela me fait jubiler. J’aime cette violence du sexe. Je m’y retrouve dans cette enfance vaurien, laide, ratée.
Séduire, par tous les moyens. J’ai ainsi développé inconsciemment avec beaucoup de facilité des habiletés inimaginables. Je rivalise d’intellectualisme aussi bien que de vulgarité. Toujours le souci d’être la meilleure. J’ai pris le large de la spiritualité, fréquenté des sectes, flirté avec le diable, pour me réjouir de l’ascendant que je peux avoir sur toute prétention intellectuelle, toutes disciplines confondues. J’ai apprivoisé les larmes, dompté les mots et jonglé avec l’intuition. J’ai fait du mal qui m’habite un génie dans une lampe, insoupçonnable de derrière la bonhomie et le semblant de naïveté que j’affiche. Mes proies ? Les hommes mariés. Mes préférés ? La lie des hommes, frustres, rudes, violents. Mes ennemis, ceux qui m’ont analysée, décortiquée et vue. Leur regard me déshabille, me met à nu et contrevient ainsi aux règles du jeu. Mon seul but alors est de les détruire ou de partir, loin, le plus loin possible, là où le masque a encore de beaux jours.
En attendant, je pleure un manque incarné par mon ex et mène une guerre à un homme qui porte en lui bien des secrets… Je le rabaisse, le minimise, le caricature, le ridiculise, pour dire à mon ex de ne pas s’inquiéter. Mes écrits inondent la toile, ma poésie et mes cris portent des noms et des visages différents, à la démesure de mon identité plurielle, instable… en somme, inexistante. Dans ce néant, cette absence de moi-même, il n’y a pas eu, n’y a pas, n’y aura pas de lune."
N.B. : Je reçois des témoignages et des articles que je suis obligé de trier en fonction de plusieurs critères. Veuillez relire vos écrits, les envoyer en
Arial 14, espacer vos paragraphes, ça me permet de gagner du temps à consacrer aux autres articles qui, pour le moment, attendent dans ma boîte.
Merci.
Bobadillo
2. Je t'aime. Meurs. (suite)

À suivre ...
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