Humeurs et muses

Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 21:55


LES DOS TOURNÉS (Suite)

 

D'après : L'Épervier

Paru dans : Enchevêtrements, tome 1, Sommeil Paradoxal

                    et Songes Aqua Nocturnes


Textes soumis à droits d'auteur

 

 

 

 

 

 





Elle …

Elle avait erré à la recherche du compagnon

Pour lequel elle avait tout sacrifié

Et déjà l’été précédent

Lui avait murmuré des augures sombres

 

Que l’automne allait confirmer.

De plus en plus esseulée,

D’excuses en prétextes,

De disparitions en retours tardifs,

De lit vide et interrogateur

À lit défait

Que meublaient l’insomnie,

Le doute et le désarroi,

Son cœur avait grossi

Et, en femme contrariée,

Elle avait déambulé dans la cité

À la recherche d’une réponse

À ses interrogations infinies,

Jusqu’à l’impasse où tout s’était joué.

Elle avait rencontré ses craintes,

Avait tout vu.

L’un des deux couples de l’impasse

Se faisait sans elle

Ou sans doute s’était-il déjà fait.

Et pendant que les pleurs de ces enfants

Lui jouaient presque le requiem

De ses amours assassinées,

Étouffant ainsi

Ses propres sanglots,

Rendant de leur tristesse inconsolée

Son drame pâle et silencieux.

 

 

 

 

 

 

Son esprit caressait

Toute l’absurdité de la vie,

Que traduisait un sourire désabusé

Mais d’une sentencieuse gravité.

Elle vit toutes ces amours naissantes

Se promettre l’éternité

Dans l’emplacement même

De celles venant de finir jetées

Par terre comme des feuilles mortes.

L’éphémère a la mémoire courte

Et l’illusion de la perpétuité.

Cet homme pelotant cette femme

Le savait.

Cette femme dans les bras de ce même homme

Le savait aussi.

Les yeux levés vers le ciel,

Ultime recours

Quand le sol a brûlé sous ses pieds,

Elle avait croisé les deux petites têtes

Et leur avait même souri

Maternellement pour les rassurer

Et sans doute pour se rassurer.

Elle avait mêlé ses larmes

Aux sueurs froides du dépit

Et confié aux fines gouttes de pluie

Le soin de confondre

Toutes ces eaux sur son visage

Humide, soudain comme illuminé.

Quel dieu aurait-il accepté cela ?

Quel dieu en aurait-il fait faire

À ces êtres les frais ?






Puis, fidèle au rite automnal

De cette ville fabuleuse et à la loi de l’amour,

En princesse blessée,

Elle avait, en un sanglot étouffé,

 

Qu’on aurait dit un hoquet

Ou un bris de cœur, désigné

Un platane pour s’y adosser

Et sans doute y graver

Un « jamais plus, jamais »,

Serment que ses lèvres endurcies

N’arrivaient pas à porter.

Mais quand elle avait vu

Cet homme qui allait tomber,

Elle avait tressailli, compris.

Elle le connaissait, c'était lui,

C'était l'homme qui venait habiter ses nuits.

Ces signes-là lui disaient

En d’autres mots ce que bien des livres

Dont ceux dits sacrés,

N’auraient pas dit,

Auraient simplement tu.

Venait-elle d’être illuminée

Par ces vérités

Dont Dieu réserve la Révélation à de rares élus ?

Son platane était là.

Ces enfants, elle les avait déjà vus.

Ses amours, aujourd’hui usées,

Mortes,

Avaient vu leur agonie

À la naissance du tout petit

Et leurs préliminaires déjà

Dans les premiers pas de l’aîné.

Ces enfants avaient tout pleuré,

Tout chanté et tout dit.

 

Restait ce platane

Que le mois d’octobre n’avait pas attendu

Les premiers souffles de novembre

Pour le dénuder,

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mettre à terre

Et noyer le sol sous ses pieds.

Il ne lui avait pas laissé

Le loisir de se préparer

Par une étreinte, un murmure ou un secret

Qu’une amoureuse, elle,

Serait venue graver sur son écorce.

L’automne aurait-il

Dérogé à ses rites et à ses us ?

Il s’en laverait les cieux encore

Et dirait que ce n’était pas lui.

Ces foudres étaient d’autrui.

Un complot, une machination,

Un sortilège, derrière lesquels

Devaient s’agiter des mains ennemies.

Il fallait alors faire vite,

Il fallait lui parler,

Elle irait lui parler.

D’abord, le relever

Pour l’orgueil et la fierté,

Puis le ranimer

Et l’emmener sous un abri,

Sous ces toits où on apprend à oublier.

Elle le consolerait, s’en donnerait

Le courage qu’elle puiserait

À un verre sec, son premier.

Il refuserait peut-être de venir tremper

Ses lèvres dans ces liquides amers

De la première plaie

Mais elle l’en persuaderait,

Ses enfants ne méritaient-ils pas

Une histoire racontée

En leur absence à une oreille étrangère

Au cœur fraîchement brisé ?

Elle était l’humanité désormais.

Une trahison, des cris innocents,

Un homme à terre, cet homme là,

Elle aura tout vu.

Il ne lui en faudrait pas plus,

Elle avait trop dormi dans ce lit

D’un sommeil épineux

Dans un cocon de barbelés,

Que, jusqu’à la veille elle prenait

Pour une fatalité.

Il lui fallait un oubli.

Il lui fallait cet homme

Où elle s’était déjà oubliée.

Un autre qu’elle ne connaissait

Qu’absent mais qui ne lui était

Pas tout à fait inconnu.

Il viendrait avec elle dans cet abri

Où elle lui reconstituerait une humanité nue,

Une ambiance sauvage et crue,

Dans cette chaleur bestiale du temps

Où une ombre dansante sur le mur

Au rythme d’une bougie intriguait,

Fascinait et donnait toute la magie

À un éternuement, une toux, une onomatopée.

 






Il pourrait tout bonnement ne rien dire,

Être là, comme une preuve vivante

De ce qu’elle venait de vivre,

Qu’elle aurait à portée des yeux

Chaque fois qu’elle céderait

À l’illusion de n’avoir rien vu,

Qu’elle rentrerait,

Trouverait ces amours

Toujours dans les mêmes chimères

Et la même disponibilité,

Irait cueillir et donner

Le même rituel baiser, 

Dirait les mêmes mots doux et ferait

Les mêmes gestes jamais fatigués. 

Il serait là comme un rappel à l’ordre

Dans ses sentiments, à elle,

Dès fois que, rebelles,

Ceux-ci s’affoleraient.

Il serait là à l’écouter

Tout lui dire, tout lui raconter,

Jusqu’à ces zones d’ombres où elle

L’avait caché depuis des années,

Il n’avait pas à choisir.

Il n’y avait pas à choisir

Entre mourir et oublier,

Entre rester aussi figé

Que cette statue-là, noyé

Sous les trombes d’eau, à fixer

Les battants obstinément fermés

D’une histoire déjà finie

Et commencer l’oubli

D’une chimère pour l’homme vrai.

Il y avait toujours des contes et des fables

Dans ces cassures, elle pensait,

Qu’un verre réchaufferait,

Qu’une lumière tamisée embellirait,

Qu’une intimité vaporeuse sublimerait.

Leur conte à eux, était déjà composé

Et n’attendait que sa présence

Pour lui donner corps, chair et esprit

Et le sortir de son irréalité.

Il viendrait, elle le voulait,

Il viendrait d’abord se mettre à l’abri.

Il viendrait oublier.



À suivre .... 

Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 09:58




Quel sens donner à cette histoire ?
Rien. Les non réponses, ont dépassé le stade de la colère où elles m'ont noyé
pour, enfin, me révéler le bonheur de ne pas chercher à savoir, ne pas creuser, ne pas investiguer
mais y trouver au contraire une fenêtre ouverte sur la liberté.
Une liberté simple. Celle qui ne sait pas.

D'après L'Épervier 
























Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /2009 13:51



LES DOS TOURNÉS
D'après l'Épervier

Extraits de l'Insomnie des Ponts au Réveil des Fleuves
Paru aussi dans Enchevêtrements, Tome 1, Sommeil Paradoxal

TEXTES SOUMIS À DROITS D'AUTEUR










 

 

Lui…

 

Quelques pigeons de ville prirent subitement

Les airs dans un battement

D’ailes frénétique et bruyant,

Surpris dans leur retraite paisible

Par l’ouverture fracassante des battants

De cette fenêtre du troisième étage

Sous laquelle ils avaient niché.

La violence du bruit et du mouvement

Laissait deviner la précipitation.

Un orage en cet été finissant.


Deux petites silhouettes,

L’une à peine plus grande que l’autre

Apparurent dans l’encadrement

Pour suivre la marche d’un homme.

Celui-ci, dos tourné à l’immeuble,

S’arrêta un moment

Aux battements des ailes

Et au fracas des volets contre le mur,

Se retourna,

Leva la tête

Pour envoyer à ces enfants

Des regards humides.

Il se doutait qu’ils allaient se montrer

Mais ne s’attendait pas à voir

S’effrayer ces oiseaux que la fenêtre,

D'habitude rassurante et paisible,

Hébergeait sous ses volets.

Et voilà ces volatiles

En fuite, les uns chutant sur le sol pavé,

Les autres dansant aveuglément

Dans les airs.

Signe du temps,

Augures funestes dans ces cieux

Embrumés subitement.

 

 

 

 

 


 



Ces deux têtes restèrent immobiles

Comme si elles avaient soudain réalisé

Que dans leurs jeux les adultes

Avaient une autre gravité

Et souvent

Des règles impitoyables

Que nulle poésie n’arrondissait.

L’indulgence leur apparut

Alors comme une vertu

N’ayant cours que dans

Le royaume des enfants

Et dans quelques fables contées,

Dont Robinson Crusoé,

Par de vieux flibustiers

Au cœur aujourd’hui radouci.

Leurs regards convergeaient

Vers cet adulte qui tout d’un coup

Ne les rassurait plus.

Seul, marchant lentement

Sur le pavé irrégulier

De la ruelle dite de Savy

Occupée momentanément

Par quelques couples

Fraîchement constitués,

Ainsi qu’une vieille, commandant

À un chien récalcitrant

Qui tirait avec fougue

Sur une laisse serrée

Et, plus en retrait, comme prudemment,

Une silhouette frêle, de noir vêtue,

Qui, adossée au mur d’en face,

Semblait attendre sagement

Un homme qui avait tardé à venir.

 

 

 

 


Cependant, de la fenêtre

On ne regardait pas ces derniers,

C’était lui qu’on fixait.

Ce départ-là avait une allure et un pas.

Ce départ-là avait une marche réglée

Et la même cruauté que certains refus

Brutaux, inhumains,

Que les enfants avalent au prochain plaisir, 

Au premier rire,

Mais ne digèrent jamais.

Lourd tribut pour grandir.

Un départ qui ne ressemblait pas aux autres,

Qui ne promettait pas de retour le soir,

Car c’était déjà le soir.

Un rire pourrait-il encore tout rétablir,

Un sanglot arrêter, geler ces pas ?

Cela ne servirait à rien,

Cela ne servirait pas.

Cette marche avait le dos trop tourné.

Ce qui ressemblait à des adieux

Se prolongeait en un éternel regard

Où les uns dansaient

Dans les larmes de l’autre

Et inversement

Jusqu’à ce que la fenêtre

Se décide à agiter des mains

Et à envoyer des mots lourds,

Déchirer jusqu’à l’air devenu irrespirable.

Il finit par tourner le dos

À ces manifestations de détresse

Et de tristesse,

Ce qui les rendit vaines,

Les désespéra et les étouffa.

Les volets n’ayant pas encore émis

Leur crissement habituel

En signe de fermeture,

Les pigeons marchant maintenant

Autour de lui

N’ayant plus songé à leurs nids,

Il comprit que ces deux têtes

Étaient encore là,

Désarmées,

À l’observer

À observer le silence.

 





Silencieusement,

Ces enfants venaient d’apprendre

À s’étouffer,

S’étrangler,

S’effacer,

Devant l’inexorable marche du temps

Que leur seul désir n’arrêterait pas.

Ils venaient de se briser de quelques chagrins

Que rien ni personne ne sauraient consoler.

Impuissant, il souleva son corps

Alourdi de quelques années de plus,

Prises dans un soupir,

Prises d’un seul coup,

Marcha sans réfléchir,

Sans faire attention

Au petit chien

Qui lui obstruait maintenant le passage,

Ni à la silhouette qui venait de s’arracher au mur

Et qui lui emboîtait presque le pas,

Ni à cette voix rauque

Qui criait un « Louise, attends !

Il faut que ... attends, Louise ! »,

Dont l’écho l’accompagnait pourtant

Jusqu’à la place S.

Là-bas, entre les claquements

De quelques boules de pétanque

Accompagnés d’exclamations

Et de jurons gras, il s’installa

Au pied d’une statue

Pour reprendre ses esprits

Et laisser couler le torrent

De larmes jusque-là retenu.

"Ils m'ont eu, se disait-il, ils m'ont eu.

C'est à mon foyer maintenant

Qu'ils se sont attaqués."

Alors que les amours

Continuaient leurs parades automnales,

De confidences en charmes

Et de rougeurs en baisers volés,

Les gestes vains de ces êtres déchirés,

Ces agitations de mains affolées,

Ces appels désespérés,

Ces larmes chaudes, faisaient durer

Un tout autre spectacle

Dont cet automne-là aura été embarrassé.

Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il se joue de l’été

Agonisant, qu’il laisse ses humeurs grises



Et son ciel s’abattre sur la terre,

Qu’il déshabille les arbres, passent.

Mais qu’il introduise

Le drame dans les fables,

La tragédie dans les contes

Et jusque dans les berceuses d’enfants,

Il ne s’y attendait pas,

Ne s’y reconnaissait pas.

Faire pleuvoir des yeux innocents

Ces eaux amères

Et charger ces corps d’un cœur lourd et bas,

Cela n’était pas de ses cieux.

Ce spectacle était l’œuvre

D’une cinquième saison

Que les années ne connaissaient pas

Et que seul peut-être ce décor

Qui en était une métaphore,

Une redondance et une prémonition

En portait-il le mystère

Jusque dans son agencement.

 



Un immeuble qui tourne le dos à une impasse dont les deux seules issues débouchent sur une statue n’est-il pas une parabole minérale d’un monde condamné ?






À suivre ...
Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /2009 12:17



Le Creux De Mes Craintes

Par Al Baicin
Extrait de
La Légèreté Des Feuilles

Texte soumis à droits d'auteur

 

 

Dimanche 15 novembre 2009

 

Un dimanche en appelle un autre et parfois va le chercher aux frontières d'un deuil sur lequel nous avons juste jeté une poignée de sable et que le temps a enterré vivant. Vous ne cherchez pas à l'éviter, fatalement, les choses mal endeuillées nous intiment une quête car le bon sens, lui, ne sait pas tricher. Ne brûle pas les étapes. Aujourd'hui, notre condition ferait hurler plus d'un Malraux, un Sartre et un Camus. À coups de psy, à coups de recettes où le mot est l'ingrédient de choix, on consomme sans digérer et le mot "consommer" me semble bien approprié. Nous avalons du pas tout à fait cuit, nous passons à autre chose avec une rapidité époustoufflante sans respect pour notre biorythme. La belle affaire pour certains : je te démolis et te désigne comme fou. Va donc te soigner.


Le poème que je vous propose pour ce dimanche s'appelle le Creux De Mes Craintes. Un état d'âme parmi d'autres dans ce passage à vide depuis qu'une personne a décidé de me démolir pour se justifier de l'une des trahisons les plus spectaculaires et dont la rubrique ''Humeurs et Muses'' fait toute son assise.


 

 

Je vous souhaite un bon dimanche

Par Bobadillo - Publié dans : Humeurs et muses
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 11:11


Le silence froid du coutelas ...

Témoignages













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