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"Il y a des plantes qui n'ont pas besoin de saisons pour fleurir."
Cette plante-là a choisi l’eau
Le ciel, les airs,
Le soleil, la mer
Tout ce qu’il y a de beau
Tout ce qui n’est pas un dos
Tourné à la pierre
Pitoyablement fier
De plaire aux autres, aux badauds
Tout ce qui n’est que vains mots
Embusqués dans les vers
D’un poème amer
Tout ce qui sonne fade et faux
Tout ce qui ne se fait nouveau
Que pour défaire
Les liens de naguère
Où l’autre était un cadeau
Qui n’est mi-vieux mi-puceau
De ces jeunes grabataires
Qui entraîneront la terre
Dans leur propre tombeau
Des merles cachant des corbeaux
Aux vols funéraires
Autour de nos cimetières
Que protègent mal nos chapeaux
Cette plante-là a choisi l’eau
Le ciel, les airs,
Le soleil, la mer
Tout ce qu’il y a de beau
Entre charrues et chevaux
Une pluie traversière
Un orage et un tonnerre
Elle se souvient du pain, blé chaud
Quand vous serriez vos hameaux
À l’abord de l’hiver
Comme dans les bras d’un frère
De retour au berceau
Quand frustres, rudes et poivrots
Mais à la phrase altière
À la démarche fière
Vous étiez bons, justes et loyaux
C’était à bord de ce beau bateau
Que l’enfance débonnaire
Était comme une croisière
Sous votre regard si haut
De ces pas, ces danses, ces sauts,
Au milieu de ces bestiaires
De quelques chants de colère
Elle a fait son terreau
Cette plante-là a choisi l’eau
Le ciel, les airs,
Le soleil, la mer
Tout ce qu’il y a de beau
Elle a repris son cerceau
De petite écolière
Dans une clairière
Où s’abritent les agneaux
Elle a vidé les sens des mots
Elle a vidé les verres
De toutes nos misères
Récoltées de bar en bistrots
Ses mots craignant les mots
Évitent toute grammaire
Remontent des rivières
Marchant sans doute sur l’eau
S’agrippent à une clé de do
Se fondent dans ses airs
Se courbent en prières
Ou prennent le vol d’un oiseau
Elle règne sur nos coteaux
Surveille nos rizières
En femme solitaire
En plante bleue, en fin roseau
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